Chronique politique hebdomadaire du vendredi

--------------------------------------------------------------

Encore une fois, Poutine surprend les Occidentaux en mettant en marche la machine militaire russe en Syrie. Toujours avec un, voir deux coups d’avance, Moscou démontre qu’elle est devenue un acteur majeur au Moyen-Orient et un « partenaire » incontournable dans la recherche d’une solution politique avec Damas.

En à peine une semaine, Vladimir Poutine, déterminé, est passé à l’action en Syrie, en y mettant les moyens. Son action tranche avec les valses hésitations de Barak Obama, qui met tout juste le bout du pied, trouvant l’eau trop froide.

Poutine veut s’imposer, non seulement sur le terrain, mais dans l’opinion mondiale, en se montrant le plus efficace dans la lutte contre les djihadistes. Bien sûr, l’ampleur de l’offensive russe a de quoi inquiéter les Occidentaux.

   L’OTAN s’agite et dénonce « l’escalade » militaire de Moscou. Jens Stoltemberg, secrétaire général de l’OTAN, plastronne et déclare : »L’OTAN est capable et prête à défendre tous les alliés y compris la Turquie, contre tous types de menaces ». A ce jour, personne n’a menacé les alliés de l’OTAN, sauf à considérer que DAECH, El Qaïda et tous les djihadistes qui combattent en Syrie sont des alliés de l’OTAN.

C’est vrai que, déstabilisé par le jeu de Poutine, les Occidentaux, l’Amérique en tête, cherchent une réponse. Depuis le début du drame syrien, Poutine a toujours déclaré ne pas vouloir lâcher Bachar El Assad, tant qu’on ne lui présente pas des dispositions crédibles pour l’après-Bachar. Echaudé par le fiasco libyen et l’exécution de Kadhafi, il ne veut à aucun prix la même fin pour son protégé. « Il n’y aura pas de deuxième Kadhafi ».assure le président russe.

Les Américains parient sur la faiblesse de l’économie russe pour limiter l’action de Poutine en Syrie. Erreur, Moscou a tout à gagner de ce coup de poker. En réalité, ce n’est pas un coup de poker, mais un jeu de billard à plusieurs bandes. D’abord un message à l’Union européenne, faites un deal en Ukraine, cesser les sanctions économiques, arrêter d’être à la traine des Etats-Unis, si vous voulez une stabilisation du Moyen Orient et une solution pour la crise des migrants. Autre message aux Européens : l’Amérique manque de courage pour réagir et c’est la Russie qui est à la pointe du combat contre les terroristes. On voit se dessiner d’autres victoires tactiques  pour Poutine, susceptibles de lui ouvrir d’autres opportunités.

Au delà des gesticulations, il faudra bien un moment coordonner avec Moscou la lutte contre l’Etat islamique, et contre les groupes, djihadistes et terroristes qui s’agitent en Syrie.

Quelque soit le succès de Poutine à sauver Bachar, ou tout du moins lui réserver une sortie « honorable », le Kremlin a porté un coup à la crédibilité américaine.