Peut-on reprocher à un père d'être fier de sa fille ?
Car je le suis, je l'avoue. Anilore est une artiste mondialement connue et dont les oeuvres trônent un peu partout dans le monde. Son projet, à l'origine utopique, est devenu réalité: envoyer et installer une sculpture sur la Lune. J'ai voulu partager avec vous ce dernier article paru, concernant son oeuvre sur le Lune.
Anilore est née à Casablanca, et nous pouvons être fier d'avoir une artiste marocaine de ce calibre.

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CULTURE, PORTRAIT
Anilore Banon : Objectif Lune

jeudi 24 septembre 2015 15:31 par Isabelle Fougere 

Anilore_Banon_Portrait

L’ambition de la sculptrice et plasticienne Anilore Banon ? Envoyer une œuvre sur la Lune, « rêve commun à toute l’humanité », pour accompagner les futures bases lunaires. Un projet tout sauf chimérique, quand art et sciences s’entremêlent. Rencontre du troisième type.


Anilore Banon a pour habitude d’amener l’art là où on ne l’attend pas. Si le monumental est son échelle – « il nous oblige à regarder vers le haut, à envisager ce qui est plus grand que nous » – le métal est son chaos primordial : étiré vers la lumière, plié, ondulé, dressé, il investit l’espace public par surprise, sur une plage du débarquement, à l’hôtel de la Monnaie de Paris ou bientôt sur la Lune…

Pourquoi la Lune ? Pour ramener l’impossible à portée de main : « L’humanité a bien mis le pied dessus, pourquoi n’y mettrait-elle pas les mains ? Aujourd’hui on a peur, on ne rêve plus à rien. J’ai un jour rencontré un ingénieur qui travaillait aux futures bases lunaires. Cela a cheminé dans mon esprit… La Lune, c’est un rêve commun à l’humanité, à toutes les mythologies. »

Ambitieux projet, rêve magnifique ou utopie gentille ? A suivre l’artiste dans son atelier/forge parisien éclaboussé d’une lumière de fin d’été, on a envie d’y croire. Lorsqu’elle évolue parmi ses oeuvres la sculptrice démontre l’énergie inébranlable d’un Vulcain au féminin.

Ici, une maquette des Braves, bouquet de lames métalliques hérissées vers le ciel dont la version monumentale fait face à la mer sur la plage d’Omaha Beach depuis 2004. Une oeuvre mémoire dédiée au courage des jeunes soldats qui ont mordu le sable lors du débarquement de juin 1944.

Là, des écorchés de cuir en grand format, cousus de personnages, de miroirs, et tatoués de mots : une série pour interroger sur les violences faites aux femmes, la marque de la douleur inscrite sur la peau, la douleur écorchée des intimités saccagées. Plus loin, la force et l’équilibre des Portes de la Lumière, comme un contrepoids aux conflits qui torturent notre société.

« Contrairement aux idées reçues, les artistes et les scientifiques sont faits pour s’entendre. On part tous d’hypothèses, de rêves. 
Nous sommes des chercheurs. »

Pas de doute, cette femme soulève des montagnes : « Aujourd’hui je me sens aussi solide que mes œuvres Quand j’ai voulu installer ma sculpture des Braves sur la plage en Normandie, beaucoup doutaient qu’une sculpture aussi lourde tiendrait sur la plage. Les ingénieurs ont été mes alliés. Grâce à la rigueur de sa réalisation, elle est toujours là, dix ans plus tard, alors qu’elle devait être démontée après trois mois ! Les riverains se sont mobilisés pour la garder. 

Les pieds ancrés dans le sable et la tête désormais tournée vers l’espace. « Pour mon projet VITAE, celui d’envoyer une nouvelle sculpture sur la Lune, je n’ai aucun doute. Je me suis rapprochée de scientifiques reconnus. Contrairement aux idées reçues, les artistes et les scientifiques sont faits pour s’entendre. On part tous d’hypothèses, de rêves. Nous sommes des chercheurs. Personne n’a trouvé mon projet irréalisable, au contraire, il est devenu un cas d’école pour les ingénieurs aéronautiques ».

L’astrophysicien Jean Audouze, directeur de recherches émérite au CNRS, est devenu le parrain de la sculpture baptisée VITAE. Elle a la forme d’une corolle mouvante et vivante, qui s’ouvrira et se fermera selon la température, tatouée d’un million d’empreintes de mains. Elle abritera des humains stylisés sous la forme d’un bouquet de tiges ondulantes. Ainsi, c’est l’humanité toute entière qui partira symboliquement dans l’espace.

« On peut raisonnablement espérer qu’au cours de ce siècle, l’on établira une ou plusieurs bases sur la Lune qui sera (seront) un ou des lieux de vie temporaires ou permanents », annonce le chercheur français.

« Dès son origine, l’humanité a conjugué ses activités ordinaires avec des expressions artistiques, comme les sites de Lascaux et de la Grotte Chauvet, par exemple, en témoignent », poursuit Jean Audouze.

« Anilore Banon se propose d’accompagner la future mise en place des bases lunaires par une sculpture de grande dimension capable de voyager dans l’une des fusées qui transporteront les cosmonautes et de se déployer sur le site choisi. Les grands personnages de cette œuvre joueront donc, là-bas sur la Lune, le même rôle que les bisons et mammouths des grottes préhistoriques. »

Depuis près de trois ans, l’artiste, entourée d’une équipe de chercheurs et d’ingénieurs astronautiques de pointe, dont Shaun Witehead, le directeur technique du projet, travaillent à la réalisation et à l’envoi de la sculpture sur la Lune.

Des matériaux de synthèse sont testés en laboratoire, le Kapton et le Nitinol pour le cocon sur lequel seront gravées les empreintes de mains, de la mousse à mémoire de forme pour les personnages. Des essais ont été réalisés en apesanteur et dans un cabinet chauffant, la « Moonbox ».

Ces matériaux étudiés par la NASA seront testés dans les mois qui viennent dans la Station spatiale internationale, acheminés par un vaisseau Space X. Ce sera une première mondiale. Des études de faisabilité ont été menées grâce aux outils de simulation 3D de Dassault Systèmes dans le cadre du programme Passion for Innovation.

Toujours sur Terre, la campagne de prise d’empreintes humaines devrait commencer l’année prochaine, partout sur la planète, grâce à une application conçue à cet effet. Pour le moment, Anilore Banon effectue dans son atelier des tests en chambre blanche. Car tout ce qui part dans l’espace doit être débarrassé de toute poussière terrestre. Elle enfile une combinaison pour rentrer sous la bulle qui abrite un prototype de sa sculpture.

Beaucoup de tests encore restent à venir et de questions techniques à régler, mais la sculptrice ne doute pas du départ de son œuvre dans l’espace : « Il faudra des mécènes pour ce projet mais c’est loin d’être impossible. Le transport, par exemple sera facilité par le fait que loin de la Terre, l’œuvre ne pèsera rien ! ». Pour celle qui a toute sa vie travaillé à plier les métaux les plus solides et les plus lourds à sa fantaisie créatrice, c’est tout un univers de légèreté et de fluidité qui s’ouvre. La NASA n’a qu’a bien se tenir : l’art du XXIème siècle sera lunaire et féminin.

Le site d’Anilore Banon : ww.anilorebanon.net