La chronique politique de cette semaine est consacrée à un acteur majeur du Moyen-Orient, et au-delà, dans le monde arabo-musulman : l'Arabie Saoudite

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Vendredi 4 septembre, il y a dix jours, le nouveau roi Salmane d’Arabie Saoudite, s’est rappelé au bon souvenir d’Obama, en effectuant un voyage officiel à Washington. Ce déplacement voulait, tout au moins officiellement, réaffirmer l’importance de l’alliance saoudo-américaine, alliance qui, pour beaucoup d’observateurs, a vécu.

La nouvelle indépendance énergétique des Etats-Unis, a vidé de sa substance l’Union d’intérêt qui liait depuis 1945 Washington au royaume saoudien. La fameuse base de coopération : pétrole contre sécurité, a fait son temps et l’Amérique, dont la politique étrangère,  jusqu’à aujourd’hui, a été basée sur la sécurisation de ses sources d’approvisionnement, revoit ses classiques. Cynique, comme tout pays soucieux de ses intérêts, elle a dramatiquement et brutalement effectué un pivotement vers l’Asie, où la Chine l’oblige à toutes les attentions.

Mais cette révision de la stratégie géopolitique n’a pas pu se faire aussi rapidement que prévu. Le chaos du printemps arabe, l’ambition d’un accord sur le nucléaire avec l’Iran, la crise syrienne, n’ont pas permis à Washington, un désengagement du Moyen-Orient aussi rapide que prévu. Il faut dire aussi, que l’allié inconditionnel de l’Amérique dans la région, Israël, rue dans les brancards.

Beaucoup, en Amérique, considèrent qu’il était temps de revoir cet accord contre nature, qui liait d’un côté, l’Arabie Saoudite, pays ultraconservateur, régie par un Islam au wahhabisme conquérant, soumis à un régime monarchique autoritaire, et d’autre part une Amérique démocratique et sécularisée. D’une part, on a un allié saoudien qui laisse prospérer des fondations islamistes dures, répandant le « virus du salafisme » à travers le monde, et d’autre part une Amérique en guerre contre le terrorisme, les djihadistes et qui laisse faire Ryad.

On n’est pas à réviser un accord, mais à établir de nouvelles bases de coopération, devant tellement de changements survenus dans la région moyen-orientale.

Au vu du déroulé des évènements d’Egypte, aboutissant à la déposition de Moubarak, le régime saoudien a compris qu’on ne pouvait pas faire confiance à l’Amérique pour le protéger, dès lors que les intérêts fondamentaux de Washington ne sont pas menacés.

La passivité de Washington pendant la crise syrienne, les arrière-pensées de l’administration américaine, sur le rôle de l’Iran dans la région, ont définitivement convaincu Ryad de ne compter que sur lui-même et de regarder ailleurs.

Réactivation de l’association des monarchies du golf et tentative d’élargissement, rôle de gendarme dans la région immédiate du Golf, recherche tout azimut d’alliances militaires (par exemple avec Israël, dont les discussions de secrètes, sont devenues simplement discrètes.), tout est fait pour rendre l’Arabie Saoudite une puissance régionale.

L’opération militaire « Tempête décisive » déclenchée par le roi Salmane au Yémen, constitue un changement radical dans la façon dont Ryad traite les crises régionales. La décision d’intervention n’a pas attendu l’accord de l’allié américain ni prévu une coordination avec lui.

Ryad va-t-il trouver un parapluie nucléaire de rechange auprès de la France, la Russie ou Israël ? L’avenir proche nous le dira.