Comme vraisemblablement vendredi il y aura le AÏD, je vous livre en avance ma chronique politique hebdomadaire du vendredi

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  Depuis l’arrivée de Khoméni et la prise d’otages à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979, Washington avait déclaré la guerre au régime des Mollahs. Le successeur du premier Ayatollah Khoméni, Ali Khaménei, considérait que derrière la lutte entamée contre le nucléaire iranien par les Occidentaux, c’était la chute du régime qui était visée. Ceci expliquait le refus de Téhéran de négocier quoi que ce soit, malgré la rigueur, toute relative, des sanctions à son égard.

 L’arrivée d’Obama à la maison blanche en 2009 et par la suite, celle du président Rohani à Téhéran en 2013, va donner aux uns et aux autres, l’occasion d’entamer une désescalade et l’ouverture de négociations sur le nucléaire iranien et l’éventuelle bombe atomique.

Les choses vont s’accélérer par différents évènements qui vont amener Washington à revoir sa stratégie géopolitique :

- L’irruption dans la cour des Grands de la Chine, faisant du Pacifique sa nouvelle priorité

- L’indépendance énergétique retrouvée pour les Etats-Unis l’amenant à réévaluer ses alliances dans le Golfe

- Les conséquences désastreuses de la guerre d’Irak et l ‘atomisation du pays en groupes opposés et irréductibles

- La guerre civile en Syrie polluée par l’arrivée des djihadistes et divers groupes terroristes

- Un pseudo Etat islamique mené par un ancien d’Irak, El Beghdadi

- La montée en puissance de Daech

- Le Moyen-Orient, toujours en devenir avec le face à face Israéliens et palestiniens qui perdure

- Les nouveaux axes belligérants, l’un sunnite l’autre chiite, dans les monde arabo-musulman.

- L’instabilité de l’Afghanistan

Et enfin et surtout, le constat d’échec du containment américain de l’Iran.

 Depuis, Téhéran et Washington se sont mis d’accord sur la marche à suivre vers la fin de cette guerre froide. Encore faut-il préparer l’opinion publique et les conservateurs afin qu’ils ne considèrent pas l’accord comme une reddition en rase campagne, face aux USA.  Encore fallait-il donner du temps aux industriels américains pour se préparer à attaquer le marché iranien, convoité par les européens, la France en tête. Lorsque Général Motors, il y a quelques jours, s’est offert des pleines pages de publicité dans les journaux iraniens sous le slogan : « We are back », l’annonce de l’accord n’était plus qu’une question de quelques jours, voire de quelques heures.

 

Un grand quotidien français, Le Figaro, pour ne pas le citer, titre en première page : « Nucléaire iranien : le compromis diplomatique signe le retour de Téhéran sur la scène internationale » Je dirais plutôt sur la scène occidentale euro-américaine. L’Iran est présent en Syrie, aux cotés de la Russie et en soutien la Chine. L’Iran est actif dans le monde arabo-musulman, en Afrique et dans certains pays d’Amérique du Sud. Elle a toujours entretenu des relations économiques avec la Russie, la Chine et certains pays occidentaux (malgré les sanctions).

 Jusqu’à présent, Téhéran a donné la priorité au développement de ses moyens militaires, au détriment de sa population. Avec la levée des sanctions, les conditions de vie pour les citoyens vont aller en s’améliorant. C’est en tous les cas ce dont est convaincue la rue persane.

L’accord, très technique et très difficile à suivre, pour toutes les parties prenantes, a été accueilli avec soulagement par la plus grande partie de la communauté internationale. Poutine, partie prenante des négociations, a réagi modestement en déclarant : « Les participants aux négociations entre l’Iran et le groupe des 5+1 ont fait un choix décisif pour la stabilité et la coopération » Contraste évident avec les déclarations d’autres membres de la négociation. Certains comme Vladimir Poutine avaient conscience que l’architecte de l’accord était le duo Washington/Téhéran.

 Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a poussé des cris d’orfraie à l’annonce de l’accord. Soyons sérieux, même si l’Iran, dans un délai incertain, se dotait de la bombe atomique, elle constatera, comme toutes les puissances nucléaires, qu’elle ne peut pas s’en servir, vu l’absolu certitude de la riposte. En outre, atomiser Israël, c’est atomiser également les parties palestiniennes, une partie de la Jordanie et un bout non négligeable du Liban. Derrière ces gesticulations, c’est Obama qui est visé par celui qui est devenu un de ces plus virulent opposant. Mais Netanyahu devra apprendre à vivre avec l’arrangement entériné par les grandes puissances.

 Aujourd’hui, le Moyen-Orient va connaître des bouleversements dans les alliances. Les deux axes, sunnite et chiite vont se cristalliser pour le premier, autour de l’Arabie Saoudite, le second, autour de l’Iran. Israël ne rejoindra pas la coalition sunnite, malgré les appels pressants des pays du Golfe. Israël va consolider ses relations, qui n’ont jamais cessées, avec la Turquie, et rétablir, tout doucement, ceux qui avaient été très étroits, avec l’Iran. Tout comme Washington, qui va inaugurer une alliance de fait avec l’Iran, sur les terrains opérationnels face à Daech. En cours d’organisation, une coordination entre les frappes américaines et les forces iraniennes au sol, qui ne vont pas tarder à arriver, se met en place.