Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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Il ne voulait pas seulement une majorité, il voulait un plébiscite. Recep Tayyip Erdogan a essuyé l’échec le plus cuisant de sa carrière. Il voulait une majorité de plus des trois quarts de l’Assemblée, lui permettant de modifier la constitution. Il se voyait en Président à vie, avec les pouvoirs les plus étendus. Certain prévoyait un recul, mais pas de cette ampleur. L’AKP, le parti d’Erdogan, au pouvoir depuis 2002, perd la majorité absolue. Pourtant, faisant fi du devoir de réserve qu’impose la constitution au Président de tous les Turcs, Erdogan à battu les estrades un peu partout dans le pays, promettant ou menaçant, exigeant que les électeurs lui donnent les 400 sièges « qui lui reviennent ».

Le corps électoral en a décidé autrement aux législatives de dimanche dernier et a fait entrer la Turquie dans une zone de turbulences et d’incertitudes. Salué, à ses débuts, par l’Union européenne pour son islamisme modéré, symbole de la réussite d’un parti islamique au pouvoir, Erdogan c’est employé ces cinq dernières années à  démontrer l’erreur d’analyse du monde occidental.

Année après année, il a accentué le dirigisme dictatorial de ses politiques. Année après année, il n’a plus supporter que l’on puisse s’opposer à lui. Opposants en prison, journalistes muselés, magistrature et police épurées de tout opposant. Même son allié des premiers jours, le chef spirituel Fethulah Gülen, est devenu persona gratta. Ses fidèles, les Gülennistes, sont pourchassés dans tout le pays. Cette rupture, par les révélations des Gülennistes, met au grand jour les malversations du clan Erdogan et la corruption endémique qui règnent dans le système d’AKP, le parti du Président. Déjà, le tremblement de terre de l’année 1999 avait montré l’étendue de la corruption dans le pays. Les grandes victoires électorales des débuts du règne d’Erdogan ont, au fil des ans, révélé le dictateur qui somnolait en lui.

L’Union européenne ne s’ouvrira pas à la Turquie. Dépité, il se retourne vers une recherche d’hégémonie dans la région, spécialement dans le monde musulman en ébullition. Il fait cavalier seul dans le jeu des équilibres stratégiques. Il devient un mauvais élève de l’OTAN et l’allié préféré dans la région des Etats-Unis, est considéré pas fiable, par ces derniers.

Sa politique ambigu lors de la bataille de Kobané, ses refus de survol à l’aviation américaine ainsi que le refus d’utilisation des bases turcs, révèlent un tout autre Erdogan. Dès 2012, une fois l’élite militaire en prison, exit le défenseur de la laïcité. Erdogan fait d’avantage référence à l’Islam, rappelant ses discours des années 1990.

En novembre 2014, Erdogan, le Coran à l’appui, affirme que les femmes ne pouvaient être considérées les égales des hommes et déclare que selon l’Islam le rôle des femmes dans la société est de faire des enfants. Depuis 2013, Erdogan fait face à un mouvement protestataire qui n’a pas faibli et s’est exprimé dans les urnes de ce dimanche. Il y a quelques mois, Amnesty Internationale a dénoncé le « harcèlement judiciaire et policier » du gouvernement Erdogan, mettant l’accent sur la partialité de la justice, le violation de la liberté de rassemblement et les violences policières.

La perte de sa majorité absolue oblige Erdogan à s’allier pour gouverner, mais avec qui ? Le chef du CHP, le parti Kémaliste a déclaré : «  Comment voulez-vous faire une coalition avec un parti qui a la corruption pour leitmotiv ? » On ne peut écarter la possibilité que le pays retourne aux urnes dès cette année.