Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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 La semaine dernière, le drame libyen s’est rappelé à notre souvenir par l’explosion d’une bombe à l’entrée de l’Ambassade marocaine à Tripoli. L’Otan, par la voix de son secrétaire général, Jean Stoltenberg, se déclare : « particulièrement préoccupée par la terrible situation en Libye ». Bel euphémisme, où, après avoir joué l’apprenti-sorcier, on envisage maintenant de devenir le pompier de service. Car l’Otan, dans cette même déclaration se dit prête à intervenir pour la sécurité de ce pays plongé dans le chaos. Le mot est juste, trois ans après la chute de Kadhafi, c’est le chaos qui règne, il n’y a pas d’autre mot pour qualifier la situation à laquelle les Libyens se trouvent confrontés. Deux parlements, deux gouvernements, un pays dépecé par des hordes de djihadistes de différentes obédiences. 

 Depuis mai 2014, la décomposition s’accélère. Conflits armés et crises politiques s’enchainent sans que l’on puisse voir émerger une solution quelconque. À l’Est, l’Etat islamique a pris le contrôle de Derna, pendant ce temps, Aqmi s’est installé dans le Sud.  Chaque zone géographique dispose de ses propres figures qui mènent la danse. Pour la seule zone dite T, carrefour en forme de T, pas loin de Tripoli, ce n’est pas moins de 30 groupes qui mènent les batailles, chacun est dirigé par un chef, selon sa tribu ou sa ville. Le Sud libyen n’est pas mieux loti. Ses frontières poreuses sont un atout pour Aqmi dont la région est devenue sa base arrière. Le Fezzan est également secoué par des conflits ethniques depuis le début de l’année 2014. Abdallah al-Thani, n’est plus qu’un premier ministre désabusé qui se lamente du chaos régnant dans son pays et attend sa révocation par le parlement d’un jour à l’autre.

 Où est passée cette coalition qui voulait protéger le peuple contre son dictateur ?  Où sont passées toutes ces bonnes âmes avec le grand philosophe-politologue BHL en tête, qui voulaient mobiliser le monde entier pour installer la démocratie ?Devant le désastre de leurs interventions, les uns et les autres, l’Otan, les grandes puissances de l’Occident, l’ONU, les ténors de l’imprécation, restent cois et se demandent comment faire. La question est : peut-on intervenir militairement en Libye ?

Les options sont limitées du fait d’absence d’interlocuteurs légitimes. Par ailleurs, aucune intervention militaire ne peut s’envisager en dehors du cadre onusien et surtout pas seulement avec l’Occident mais par une coalition réelle incluant les pays arabes. Aux limites des actions diplomatiques et politiques s’ajoutent des obstacles militaires et psychologiques. Il est vrai que personne n’a envie d’aller dans ce guêpier, mais peut-on laisser ce pays s’enfoncer de plus en plus ?

 Il faut une solution politique, mais c’est plus facile à dire qu’à trouver. L’internationalisation de la crise libyenne est bien avancée et au vu de la situation d’aujourd’hui, pointe la fin de la souveraineté d’une Libye unifiée sur son territoire. La réalité est que le conflit libyen est une bombe à retardement pour toute la région.

La désintégration de cette nation, écartelée entre deux gouvernements, livrée à la loi des milices et infiltrée par les groupes islamistes radicaux, est une véritable bombe dont le souffle peut balayer bon nombre de pays de la région. Une intervention militaire internationale est loin de faire l’unanimité dans les milieux sécuritaires africains.

La présence de Daech rend urgent la mise en place d’une solution négociée. Le dialogue inter-libyen qui a repris cette semaine à Skhirat aboutira-t-il à un accord ?Libérée du joug Kadhafi, la Libye n’a toujours réussie à se forger une nouvelle identité.