Chronique politique hebdomadaire du vendredi

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Depuis la révolution cubaine en 1959, les relations de La Havane avec Washington se sont  progressivement détériorées pour aboutir un 7 février 1962 à la mise en place d’un embargo qui va handicaper lourdement l’économie de l’Ile. Plus, Washington mettra Cuba sur la liste des pays accusés de soutenir le terrorisme. Ceci aura pour effet de rendre impossible tout investissement à Cuba par les organismes financiers, les entreprises américaines et leurs alliés. Toutefois ces dispositions n’ont jamais mis en péril le régime instauré par Fidel Castro. Avec des périodes de crise « chaudes » et d’autres de calme plat, cette situation perdurait depuis cinquante cinq ans.

Au moment où le Moyen Orient est en pleine tourmente, que le président américain tente un rapprochement historique avec l’Iran à la faveur d’un aléatoire accord nucléaire, il prend le temps de retrouver Raul Castro au Panama pour une poignée de mains plus que symbolique.   Quels sont les faits nouveaux qui, brusquement ont amené Barak Obama à mettre fin à un conflit anachronique qui handicape grandement les Etats Unis en Amérique latine ?

L’entourage du Président américain déclare à qui veut l’entendre : «  que la philosophie d’Obama est qu’il est nécessaire de parler avec ses ennemis pour sortir des cercles vicieux de la confrontation, là où les seules sanctions, aussi dures et durables soient-elles ont échoué. » C’est beau mais pas convainquant. Quid de la Russie où les enjeux sont bien plus grands et bien plus graves. En fait cette accélération de l’Histoire, voulue par Washington, poursuit plusieurs buts, certains avoués d’autres tus.

 Pour l’administration américaine, il est temps que les Etats Unis reviennent en Amérique du Sud où la Chine devient de plus en plus active et présente. Un coup d’arrêt à l’activisme chinois s’impose. Cuba est la clef de ce retour. Des pays comme le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Argentine et d’autres dont bien sur le Venezuela, condamnent le blocus que Washington impose à l’ile depuis 1962, que leur gouvernement soit de gauche ou de droite. La normalisation avec Cuba va décrisper les relations avec les pays d’Amérique latine. La situation économique délicate de plusieurs pays : chute des prix du baril de pétrole, chute’ des cours des matières premières, exportation handicapée par un dollar fort, pourrait aider les Etats Unis à revenir et endiguer le développement de la Chine dans la région.

Par ailleurs, dans le bras de fer Washington/Moscou, l’histoire passée montre qu’il faut prendre toutes les précautions avec un Poutine imprévisible. Le déploiement de l’Otan tout autour de la Russie, pouvait inciter Moscou à réchauffer les relations avec Cuba en vue d’un éventuel déploiement des forces russes sur l’ile. Arrimer Cuba à la zone d’influence américaine devient un exercice imposé.

 Mais on est encore loin de la normalisation. Retirer Cuba de la liste noire est un exercice facile pour Obama, par contre lever l’embargo est une autre histoire. Seul le Congrès peut en décider, et les Républicains qui contrôlent  cette Assemblée comme ils contrôlent le Sénat, ont déjà dit qu’ils y étaient opposés. Les refugiés cubains qui forment le gros des troupes du parti républicain en Floride ne sont pas non plus d’accord, l’embargo pour eux visait à abattre le régime Castro, on en est loin.

La normalisation n’est pas pour demain, elle prendra encore quelques années, mais l’atmosphère en Amérique du Sud est en train de changer. Barak Obama et Raul Castro arriveront-ils à empêcher leur propre camp de saboter ce rapprochement considéré par certains comme historique ?