Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Le drame irakien n’a pas fini d’empoisonner les nuits du Président américain, de ses stratèges et des honorables membres du Sénat et du Congrès. John Kerry, pompier de service, a été envoyé d’urgence à Bagdad assiégé, pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé. C’est le même John Kerry, qui un 9 octobre 2002 a prononcé un discours des plus va-t-en-guerre au Sénat, pour inciter ses collègues à autoriser le président Georges W Bush à envahir l’Irak de Saddam Hussein. Héros de la guerre du Vietnam, passionné de géopolitique, il doit faire, aujourd’hui, le constat amère que les Etats-Unis, n’ont jamais été en aussi mauvaise posture au Moyen-Orient, malgré une présence et des alliances depuis de nombreuses décades.

Face au chaos grandissant, John Kerry a qualifié l’EIL l’Etat islamique en Irak et au Levant de, je

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cite : « de menace pour nous tous et appelé al-Maliki, le premier ministre Chiite, à s’élever au dessus des intérêts purement sectaires pour tendre la main aux minorités sunnite et Kurdes » fin de citation. Il découvre soudain qu’il faut sauver l’intégrité, les frontières et la souveraineté de l’Irak en cours de dépeçage. L’Iran pendant ce temps attend un signe fort de l’engagement américain, pour lancer son corps d’élite au secours de Bagdad.  Obama, quant à lui, continue à hésiter, intervenir militairement, par air, par missiles de croisière ou non, étant bien entendu qu’une intervention au sol est absolument exclue, jusqu’à quand ?

 Comment l’Amérique en est arrivée là ? Le chaos en Irak, les Talibans toujours actifs en Afghanistan, les sanctuaires à djihadistes loin d’être éliminés en Lybie, au Pakistan, dans le nord Yémen, le nord-est du Nigéria, le sud de la Somalie et le désert du Sinaï en Egypte. Pour une guerre totale déclarée au terrorisme, on ne peut pas dire que cela soit un succès. La démocratisation prônée par les penseurs néoconservateurs américains ne s’est implantée nul part. Là où la dictature a été abattue, elle a été remplacée par l’anarchie ou la guerre civile. Et pour couronner le tout, jamais la perspective d’une paix entre Israéliens et Palestiniens n’a été aussi lointaine.

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 Il ne suffit pas d’avoir une élite politico-médiatique, un capital intellectuel, nourrir un réseau diplomatique le plus dense du monde, un budget colossal pour les services de renseignements, les meilleures universités, les nombreux cercles de réflexion, pour comprendre le monde arabo-musulman. Il est vrai que l’Amérique n’a jamais été un maître de la diplomatie, expression d’une politique étrangère. On peut comprendre le désarroi américain aujourd’hui au Moyen-Orient. L’Orient ne souffre pas les hésitations et les erreurs d’appréciation, il ne souffre pas plus les donneurs de leçon et n’admet aucune suprématie idéologique ou religieuse.

 Traumatisée par les attentats du 11 septembre, aucune réflexion basée sur une analyse froide des faits n’a été entreprise. Il est vrai qu’alors horrifiée, l’Amérique aurait découvert que les racines idéologiques d’un tel terrorisme islamique se trouvaient en grande partie dans  leur allié, l’Arabie wahhabite, protégé par le pacte Ibn Séoud-Rooswelt de février 1945. Peut-être aura-t-elle alors rejoint la Russie qui a toujours déclaré qu’on ne change pas un régime dictatorial, avant d’être sûr de lui avoir trouvé un meilleur remplaçant.  Il est vrai que Moscou a derrière elle des siècles de diplomatie active qui jalonnent l’Histoire.