Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

---------------------------------------------------------------------------------------------------

images

Le monde suit, au jour le jour, le bras de fer Occident/Iran sur le nucléaire. Une situation qui a l’air de vouloir se terminer par une négociation, selon le terme à la mode, entre gagnants/gagnants. Plus personne ne parle ou critique le régime des Mollahs. A force de durer, la communauté internationale donne l’impression de l’adouber, avec ses qualités et ses horreurs. La résistance au régime des mollahs, les Moudjahidines, pourchassés par les services iraniens, se font plutôt discrets. Leur combat est pathétique par leur manque de leaders charismatiques, de moyens et de relais dans les médias et les organisations internationales. Téhéran menace de mort les sympathisants de la Résistance.

 Et pourtant, une contestation du pouvoir incarné par l’ayatollah Khamenei, existe, croit et embellie :

images-3

les femmes iraniennes. Elles n’hésitent pas à défier l’ordre établi, en manifestant dans la rue contre le sort que leur réserve le régime. Cette véritable révolte des femmes, tantôt bruyante, tantôt insidieuse, se révèle tout à fait symptomatique des luttes politiques qui se déroulent depuis quelques temps entre les conservateurs, les modernistes et les laïques. Occupée à se battre contre une bombe atomique hypothétique, la communauté internationale se désintéresse complètement de ceux qui luttent pour plus de démocratie, de justice, de liberté. A leur tête, les femmes iraniennes, qui payent souvent dans leurs chairs, leur volonté de dignité, d’égalité.

 Faut-il rappeler que trois décennies après le « dévoilement » intervenu lors de la « révolution  blanche » à l’époque de Mohamed-Reza Shah Pahlavi, les Iraniennes avaient accéder pour la première fois, en 1963, au droit de vote. Les nouvelles dispositions de la loi de protection de la famille, vont améliorer sensiblement la condition des femmes. Mais quelques années plus tard, avec le régime islamique, s’instaure en Iran un système de hiérarchisation et de ségrégation ayant pour principe, non pas la race, mais le sexe, dans une prétendue perspective religieuse.

images-1

 Si la majorité des hommes iraniens ont baissé les bras devant les dictats successifs des religieux, les femmes, elles, n’ont jamais cédé. Leur combat est celui de la démocratie et ne peut laisser indifférents ceux qui se battent par ailleurs pour l’égalité et la parité hommes/femmes. Depuis juin 2009, les femmes et les jeunes filles sont aux premiers rangs des manifestations, des protestations et des affrontements avec les forces de répression. Par leur obstination et leur combativité, les femmes d’Iran démentent les discours des diplomates et des intellectuels occidentaux sur les transformations progressives de la société iranienne.

 Le débat se trouve maintenant dans les plus hautes instances du pouvoir. Le 20 avril dernier

images-2

l’ayatollah Ali Khamenei qualifiait d’erreur fondamentale l’idée occidentale de l’égalité des sexes, tandis que le président iranien, Hassan Rohani, soutenait quelques heures plus tard le principe contraire. Il créait la surprise en rendant un vibrant hommage aux iraniennes. Il souligne l’insuffisance dans les droits des femmes et l’égalité des sexes et déclare que l’injustice et les violences aux femmes doivent cesser. Trente cinq ans après la prise du pouvoir par les mollahs, cette bataille idéologique illustre parfaitement les tiraillements internes à un régime fondé sur des principes religieux.

 Cette poussée féminine fait entendre les premiers craquements dans un régime qui se prétendait eternel et guide du devenir du monde musulman. De concession stratégique en concession stratégique, le pouvoir démontre son incapacité à contrôler cette véritable bombe à retardement que représentent les Iraniennes. Si ce régime doit tomber un jour, cela sera par les femmes et pour les femmes.