Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Convaincus d’être les gardiens du temple de la démocratie, les Occidentaux, menés par les Etats-Unis d’Amérique, s’arrogent le rôle bien difficile du père Fouettard de la planète. 

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Que d’erreurs, de drames, d’injustices et de véritables catastrophes n’a-t-on commis au nom de la défense de la démocratie et de son inséparable compagnon, les droits de l’Homme.

 Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et de l’effondrement de l’URSS, le monde capitaliste, libéral et victorieux, a claironné le triomphe de la démocratie et celui du droit des peuples à décider de leur destin. On a annoncé la fin des blocs et l’avènement de l’Homme nouveau, international, universaliste et respectueux d’un droit non écrit, celui du vivre ensemble. Aux pays émergents, on a donné une place à la table du développement grâce à la mondialisation. Mais la finance internationale est toujours là pour leur rappeler leur fragilité et leurs faiblesses structurelles. Cette mondialisation devait effacer les différences pour promouvoir une ère nouvelle, où les agneaux broutaient l’herbe sous la garde des loups.

 Que nenni, les Empires se renforcent, d’autres se sont imposés, certains, tel le Phénix, renaissent

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de leurs cendres. Plus grave, les Autocrates sont de retour. A force de vouloir voir les situations comme on voudrait qu’elles soient et non telles qu’elles sont, on finit par courir après les événements. Il faut appeler un chat, un chat, une puissance incontournable, une hégémonie, et ne pas s’abriter derrière une morale à géométrie variable et une défense de l’intégrité territoriale d’un Etat, quand cela est accommodant. Pour jouer au gendarme en Europe, en Afrique ou ailleurs, il faut d’abord balayer devant sa porte, car l’opinion internationale a de la mémoire.

 Il faut regarder la vérité en face. L’Angleterre et la France ne comptent presque plus dans le commerce mondial, où l’Allemagne, nouvelle puissance économique, achètent en Chine et en Afrique et vend aux Chinois et aux Américains. Paris devrait  penser à l’avertissement donné aux Français par Napoléon : « Dans le Monde, il n’y a qu’une seule alternative : commander ou obéir » L’Amérique a renoncé au rêve d’un G2 avec la Chine. Elle a très vite compris que les Chinois ne voulaient pas être ses alliés, mais les remplacer. La stratégie géopolitique de Washington a été très vite revue, non sans déchirements au Moyen-Orient, dans le golfe persique et en Europe, où la crise ukrainienne a imposé un autre tempo. On a crut que l’époque des gouvernements autoritaires était révolue. On a voulu nous faire croire, qu’avec la victoire du modèle occidental, la démocratie allait s’imposer partout. Si on la réduit à des élections plus ou moins transparentes, peut-être. Mais chaque jour nous prouve le contraire.

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 Vladimir Poutine poursuit son chemin contre vents et marées, en Crimée par exemple. Comme tous les autocrates, il a une bonne raison d’agir ainsi. Il n’a jamais caché qu’il voulait rendre à la Russie la place et le poids qu’elle avait du temps de l’URSS. Angela Merkel trouve que Poutine « vit dans un autre monde ». Peut-être, mais c’est un monde qui coexiste avec le sien et qui n ‘est pas prêt de disparaître. Bachar El Assad, lui aussi se justifie comme le rempart ultime contre le Djihadisme. Quant à Sissi, dans le sillage de Moubarak, il se considère, en Egypte- comme le recours face à l’islamisme des Frères musulmans. L’autoritarisme avéré d’Erdogan en Turquie souligne la superficialité des réformes saluées, il n’y a pas très longtemps par l’Union européenne.

 Il n’est pas certain que l’interdépendance économique, le croisement des intérêts des uns et des autres, cette mondialisation spectaculaire imposeraient une démocratisation planétaire. Par contre ils nous mettent vraisemblablement à l’abri d’une nouvelle guerre mondiale.