Chronique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Avec les fêtes de Noel et les bonnes résolutions de nouvel an, les derniers jours de l’année voient se multiplier les contes et les histoires extraordinaires, où les miracles deviennent tellement naturels. Mais tout au long de l’année, certains politiques nous content de belles histoires pleines de miracles. Tout au long de l’année nous sommes inondés d’annonces mirobolantes où le merveilleux ne cède qu’au sublime. Malgré les déceptions, nous continuons à recevoir des promesses qui n’engagent, comme on le dit, que ceux qui les reçoivent. Mais de tous les contes, il n’y en a un, plus nocif que tous les autres : le politiquement correct. Sous couvert d’un respect rigoureux de l’autre, d’une formulation qui veut éviter de heurter telle ou telle catégorie du tissu social, le politiquement correct tend en réalité à imposer la pensée unique.

 Si pour le philosophe Michel Foucault, une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse, alors le politiquement correct dont nous sommes abreuvés, est une véritable escroquerie morale. En réalité, le politiquement correct met en place un véritable carcan intellectuel. Pour l’historien américain Jacques Barzun, le politiquement correct ne proclame pas la tolérance, il ne fait qu’organiser la haine. Sans aller jusque là, on doit reconnaître que cette forme de police de la pensée, gomme toutes les vérités qui tendraient à remettre en cause l’expression du politiquement correct.

 On se doit de garder son sens critique et lutter contre une uniformatisation du langage, en évitant de le remplir de mots creux sensés donner bonne

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conscience. Les exemples abondent : SDF pour clochard, technicien de surface pour balayeur, non-voyant pour aveugle, animateur d’espaces verts pour jardinier, et j’en passe. Il faut exprimer librement son avis et ne pas être contraint de suivre aveuglément le courant dominant. Nous ne devons pas lui sacrifier notre droit à la parole. Le politiquement correct finit par devenir un matraquage,  plus, de la propagande. Chomsky, philosophe de la gauche bien pensante, va plus loin. Il considère que la propagande est à la société démocratique ce que le matraquage est à l’Etat totalitaire. La liberté de parole, la liberté de conscience sont des critères de démocratie. Récemment, le politiquement correct a célébré une grande messe planétaire lors des obsèques de Nelson Mandela.

Loin de moi de minimiser l’action de l’Icône de la lutte contre l’Apartheid, mais ce devoir ne doit pas museler notre sens critique et la recherche de la vérité. L’hommage universel mérité pour celui qui a su appeler au pardon et à la coexistence entre Noirs et Blancs, ne doit pas nous faire oublier qu’il a été un piètre chef d’Etat. Il n’a vaincu, dans son pays, ni le racisme, ni le communautarisme pas plus que la violence. Le paradis vanté par les hagiographes est à deux pas de l’enfer. Le politiquement correcte, défenseur de la veuve et de l’orphelin, du renversement des barrières et du métissage, a fait de Nelson Mandela son icône. Mais parlons nous du même Mandela ? Il est difficile de sublimer son bilan quand on constate, lors des cérémonies au stade de Soweto à Johannesburg, une assistance presque exclusivement noire. Où est la nation « Arc en ciel » ? Même s’il est difficile aujourd’hui de critiquer le mythe, pourquoi passer sous silences ses nombreuses zones d’ombre ?

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 Aristocrate xhosa, issu de la lignée royale des Thembu, Nelson Mandela n’a jamais été un « pauvre noir opprimé ». Il n’a jamais été ce gentil réformiste que les médias se plaisent à décrire. Il n’a pas été un nouveau Gandhi ou un nouveau Martin Luther King, mais un révolutionnaire, un combattant et un militant, planifiant des attentats, des sabotages et faisant parler les armes. Il laisse une Afrique du Sud classée pour la période 2008/2012, parmi les cinq pays les moins performants du continent, sur la base de la croissance moyenne annuelle, en compagnie des Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland. En 2013, le chômage est de 25,6% de la population active, officiellement, car en réalité il s’élève à près de 40%. La loi de la jungle règne en maître avec une moyenne de 43 meurtres par jour. Pour beaucoup d’observateurs, le pays dérive dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violence.

 Voilà le conte de Noël que le politiquement correcte nous a offert en cette fin d’année. La vérité est que Nelson Mandela fut porté au pouvoir par un président De Klerk appliquant le plan de règlement global de la question de l’Afrique australe, décidé en son temps par Washington.  Je suis vraiment politiquement incorrecte !