Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Soixante quinze milliards de dollars, c’est ce que la Chine a investit en Afrique, pas loin des sommes dépensées par les Etats-Unis d’Amérique. Ce montant représente le un cinquième du total des investissements sur le continent africain. Au titre de l’aide au développement, 1,1 milliard de dollars est déboursé, chaque année, par la Chine en Afrique. Les échanges entre Pékin et le continent africain se sont élevés en 2011 à 166 milliards de dollars.

 C’est dire si la Chine est devenue un partenaire important pour plusieurs Etats africains. La venue de ce nouvel acteur économique, ouvert à toutes les combinaisons financières, apparemment sans ambition idéologique, s’abstenant de s’exprimer sur la qualité des pouvoirs en place, a suscité des espoirs de développement et de création d’emplois sans précédent. Les anciennes puissances coloniales sont priées de regarder ailleurs et les hommes politiques locaux pavoisent à l’arrivée du Messie chinois.Bousculant l’agenda du développement et redéfinissant les équilibres géopolitiques, très rapidement, la Chine s’est imposée comme l’un des principaux partenaires commerciaux, investisseurs directs et donateurs du continent.

 L’euphorie des débuts de cette relation nouvelle s’est tempérée rapidement, devant les réalités de la politique chinoise. Seuls les circuits bancaires chinois sont utilisés et tous les achats sont effectués en Chine. Faisant appel à la main-d’œuvre chinoise sur les chantiers, utilisant essentiellement des matériaux chinois, la réalité est que l’investissement chinois ne crée pas des emplois pour les africains, pas plus que des opportunités de commerce, fusse-t-il saisonnier.

 Les responsables africains commencent à réaliser que la Chine, avec ses propres normes, ses pratiques, ses procédures, est loin de répondre au rêve de l’émergence africaine. S’accaparer les ressources naturelles, inonder le marché africain de produits manufacturés sans rien transformer sur place, empêchent toute industrialisation, rêve de tout gouvernement africain. On peut d’ores et déjà constater un début de résistance à la main mise des chinois, et des Etats, comme le Niger n’hésitent plus à affronter Pékin devant ses abus.

 Le mode opératoire des entreprises chinoises, particulièrement celles étatiques, posent de plus en plus de problèmes aux gouvernements concernés,

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poussés par la vindicte populaire qui prend de l’ampleur. La pratique chinoise d’employer uniquement des ouvriers chinois, et le chantier terminé, les laisser sur place, est de moins en moins acceptée. Le Ghana n’a pas hésité en ce début d’année d’expulser des centaines de chinois présents illégalement sur son territoire. On assiste actuellement à une détérioration manifeste des relations sino-africaines, s’accompagnant d’une certaine aigreur des populations, amplifiée par la déception.

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 Pour beaucoup d’analystes africains, la Chine s’adonne à un véritable néocolonialisme qui ne pourra pas être toléré longtemps par les populations. Les dirigeants africains sont très attentifs aux risques d’instabilité et même de désordre, qui pourraient venir d’une partie de la population, jeune et sans emploi. Pour les Etats africains, l’arrivée de la Chine ouvrait la possibilité d’un partenariat plus équilibré avec le continent. Ils commencent à réaliser qu’il n’en est rien. Si les Etats africains ne renégocient pas avec la Chine leurs relations, si cette dernière ne procède pas aux changements qui s’imposent, les populations en rendront responsables leurs dirigeants politiques. Après la Chine, l’Afrique se réveille et ne tolérera pas le retour du colonialisme, fusse-t-il habillé de robes chinoises.