Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Dix mille, cinquante mille, cent mille puis maintenant cent dix mille, c’est la comptabilité morbide des morts de la guerre civile en Syrie. Commencée par un soulèvement populaire pacifique, la révolte du peuple syrien s’est transformée en un véritable engagement militaire, devant la répression qui s’est abattue sur des citoyens qui voulaient plus de liberté et plus de dignité. Pour leur malheur, s’est rapidement joint à eux des djihadistes, liés pour certains à Al Qaïda avec un agenda particulier. Leur présence a pollué la révolte des citoyens syriens et empêché toute intervention des Occidentaux. Ces mercenaires du djihad, soutenus et financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar, sont devenus, paradoxalement, les alliés objectifs du dictateur Bachar Al Assad. Une manifestation contre les brutalités policières du pouvoir en place, est devenue aujourd’hui, pour une grande part une guerre confessionnelle.

 Mais la communauté internationale ne peut pas rester les bras croisés, surtout quand des armes de destruction massive sont utilisées contre une population civile désarmée. Alors nous avons assisté à une véritable déclaration de guerre du président français, François Hollande, concomitante avec celle du président américain, Barak Obama, pas moins martial. Des frappes punitives devenaient imminentes, et le monde retenait son souffle devant le risque d’un embrasement régional et peut-être mondial. Car il ne faut pas oubliés les amis du pouvoir syrien, la Russie, la Chine et l’Iran.

 Le G20, qui s’est tenu la semaine dernière à Saint-Pétersbourg, a apparemment permis des conversations directes entre les deux grands de cette

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histoire : le russe Poutine et l’américain Obama. Très rapidement, Obama et Hollande se sont mis à chercher à éviter les frappes. On a assisté alors à un scénario, murement réfléchi et joué sans faute par le duo Obama/Poutine. Obama retarde le vote au Congrès, ce qui permet à Poutine de faire sa proposition : prendre le control des armes chimiques par l’ONU qui les détruira, proposition reprise par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU et aussitôt acceptée par le président Assad. Immédiatement la Maison Blanche a accepté de s’engager dans des discussions à l’ONU et la France s’est mise à rédiger un projet de résolution. L’initiative de Poutine ouvre la perspective d’un règlement diplomatique de la crise, qui permettrait d’éviter un difficile et dangereux recours à la force.

 Que nous dit cette semaine riche en rebondissements ? Le drame syrien ne peut avoir une solution militaire, elle ne peut-être que politique. Que la Russie est devenue une puissance incontournable et que l’on ne peut écarter de toute négociation de paix un autre acteur essentiel de ce drame : l’Iran. La France, comme l’Angleterre et l’Union européenne ne peuvent être que des facilitateurs, mais le pouvoir de décision est ailleurs, à Washington et Moscou.

 Sur place, les deux camps continuent de fourbir leurs armes et les rebelles ne peuvent cacher leur désappointement. Le pouvoir et ses alliés, même rassurés par l’initiative de Moscou, ne relâchent pas la pression sur leurs opposants. Le régime d’Assad ne pavoise pas, mais s’il s’est rangé docilement et rapidement derrière la proposition russe, c’est qu’elle lui fait gagner du temps. Sur le terrain, les violences vont continuer, voire s’intensifier, si effectivement aucune mesure de désescalade n’est prévue dans l’initiative russe.

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 De ces péripéties, le président américain, Barak Obama, sort apparemment affaibli, comme son compagnon d’une guerre qui n’a pas eu lieu, le français François Hollande. Poutine qui a toujours voulu que la Russie reprenne sa place dans le monde arabe, est le grand gagnant de ce bras de fer où on a pu constater que le duo Moscou/Washington marche toujours. Cette coopération, s’apparente de plus en plus à une coexistence dominée par une certaine prudence, pour ne pas dire méfiance, et un rapport de forces constant. Peut-elle se transformer en un élément structurant de l’ordre mondial, seul l’avenir nous le dira.