Chronique politique du vndredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Quelle loi, non écrite, détermine que tel pays peut se doter de l’arme nucléaire et tel autre non ? Selon quels critères, des nations s’arrogent le droit de dire la loi et ainsi interférer dans les choix d’un Etat souverain ? Depuis la crise des otages en 1979, les relations irano-américaines ont été pour le moins mauvaises, pour ne pas dire exécrables. Depuis la relance du programme nucléaire, à l’arrivée à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, les occidentaux, menés par les Etats Unis, font pression sur Téhéran pour que l’Iran mette fin à son programme d’enrichissement d’uranium.

 Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a déclaré à la tribune de l’ONU, le 27 septembre 2012 : je cite « Au printemps prochain, au maximum l’été prochain, au rythme où les iraniens poursuivent actuellement l’enrichissement, ils pourront passer à l’étape finale » et d’ajouter : «  ils n’ont besoin que de quelques mois, peut-être quelques semaines avant d’avoir suffisamment d’uranium enrichi pour la première bombe » fin de citation. Le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, aura beau déclarer que la bombe atomique n’est pas « hallal », peine perdue, les occidentaux restent persuadés du contraire. Téhéran finit par être convaincue que derrière cette guerre au programme nucléaire iranien, c’est la destruction du  régime qui est visé. C’est alors crispations et déclarations belliqueuses du Président iranien, diatribes à l’attention du monde occidental, mais souvent à consommation interne.

 Les sanctions, alourdies de mois en mois, d’année en année, ont fini par mettre à genoux l’économie iranienne, accompagnées d’une dépréciation galopante de la monnaie nationale, le Rial, et d’une inflation, qui a rendu la vie du peuple, de plus en plus difficile. Les sanctions ont atomisé la société iranienne, tétanisé les plus vulnérables. La vie quotidienne est devenue trop difficile pour que la société civile puisse penser à une action collective quelconque.

 Mais le Président Ahmadinejad perdra son bras de fer avec le guide suprême. Ce dernier va amorcer un changement subtil de sa politique et déclarer

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être prêt à négocier directement avec Washington, dès lors qu’il a été persuadé que l’on ne cherchait pas un changement de régime. Chacun a donné les signaux nécessaires pour qu’un minimum de confiance s’installe entre les deux capitales. Finis les déclarations nauséabondes concernant la Shoa, les déclarations belliqueuses à l’égard d’Israël. Il fallait attendre un changement pour commencer à passer à l’acte. C’est le départ d’Ahmadinejad et l’arrivée d’un nouveau Président dit modéré, qui va semble-t-il donner le signal du reflux.

 En Iran, le véritable pouvoir est entre les mains du Guide, le Président de la République n’est en fait qu’un premier ministre. Même s’il se donnait une certaine liberté de manœuvre, Ahmadinejad ne pouvait avoir le dernier mot. Au fil des ans, le régime iranien a beaucoup changé, il est devenu plus flexible qu’il n’apparaît de prime abord. Le nouveau Président, Hassan Rouhani ne bouleversera pas l’Iran, mais sera le prétexte à amplifier une nouvelle approche de la Communauté internationale.

 D’ores et déjà, la Russie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov appelle les occidentaux à assouplir leur position, je cite : «  il est nécessaire  d’éviter le renforcement des sanctions sur l’Iran et de commencer à réfléchir à leur éventuel assouplissement progressif ». Après ces élections, dont le résultat illustre la volonté du Guide Khamenei d’aller vers des négociations constructives, l’Occident se doit de faire un geste. Les sanctions doivent être maintenant allégées, progressivement, en premier chef pour la population qui s ‘est déplacée en masse pour voter, l’espoir au cœur. Hassan Rouhani, n’a-t-il pas déclaré, lors de sa campagne électorale, qu’il fallait de meilleures relations avec l’étranger et une proclamation d’une charte des droits de l’homme à l’intérieur.

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 Le temps est venu d’aider l’Iran à reprendre sa place dans le concert des nations. Tendre la main à l’Iran est de l’intérêt de toute la communauté internationale, pour le Moyen-Orient, pour l’Irak, la Syrie, pour l’apaisement et la modération de tous les chiites de la région, pour un frein à la radicalisation et au puritanisme wahhabite venu de la péninsule arabique. La clé de la réconciliation américano-iranienne est sans conteste le dossier nucléaire, mais pas seulement. Nous allons vers une nouvelle distribution des cartes dans la région, facilitée par la révision de la stratégie géopolitique de Washington.  Compte tenu de son indépendance énergétique retrouvée, les Etats Unis vont revoir leur politique d’alliance dans le Moyen Orient avec des nouveaux axes : Jérusalem/Téhéran, d’une part et Jérusalem/Ankara d’autre part.

 Le peuple iranien est un grand peuple, riche d’une Histoire qui remonte à la nuit des temps. Sa place est parmi le monde moderne d’aujourd’hui qu’il n’aurait jamais du quitter.