Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxeradio

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Il est indéniable que les Etats Unis et la Chine sont les deux plus grandes puissances, économiques et militaires, de ce début du vingt et unième siècle. Les 7 et 8 juin 2013, en Californie, se rencontrent leurs deux présidents : Barak Obama et Xi Jimpling. Cette importante rencontre a été préparée à Pékin par Tom Donilon, le conseiller à la sécurité nationale et non par un des conseillers économiques, diplomatiques ou politiques qui entourent le président américain à Washington.

 Ceci indique que les entretiens ne couvriront pas seulement l’aspect commercial des relations des deux pays. C’est vrai qu’il est important que ces deux grands acteurs de la scène internationale ont intérêt à mieux se connaître et à mieux comprendre la politique économique et la stratégie de développement de l’autre. Mieux se connaître est le début de la sagesse et surtout de la connaissance des lignes rouges de l’un et de l’autre. Cela peut éviter des malentendus et des tensions inutiles. Certains, tant à Pékin qu’à Washington vont plus loin et préconisent un renforcement de la coordination de leurs politiques macroéconomiques et pourquoi pas plus, si affinité et confiance.

 C’est un G2 new look et le retour de l’idée d’une coordination, pour ne pas dire une association, pour les affaires économiques du monde. C’est un G2 qui sera surement plus efficace que les G7, G8 et G20 qui ont montré leurs limites. Il est intéressant de noter que dans toutes ces projections, nulle allusion n’est faite à l’ONU, le FMI ou la Banque Mondiale. Beaucoup d’observateurs considèrent que les conditions sont réunies pour que ce sommet sino-américain aboutisse à des décisions majeures qui marqueront surement l’Histoire.

 Faut-il rappeler que le président Obama a révisé sa stratégie géopolitique, en la redéployant d’une façon ostentatoire vers l’Asie et plus précisément le

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Pacifique. La toute prochaine indépendance énergétique des Etats-Unis n’est surement pas étrangère à cette réorientation. Les pays du Golfe et le Moyen-Orient ne sont plus l’obsession qui a dominée la politique étrangère de Washington depuis des décennies, à l’exception de l’allié israélien. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinpling, considéré comme le plus ouvert des Mandarins du Bureau politique du parti communiste chinois, donne à Obama une opportunité de dialogue ouvert et constructif pour les intérêts des deux puissances. C’est à Rancho Mirage, la bourgade californienne où l’ancien président américain Gerald Ford s’est éteint, qu’aura lieu la rencontre. Facétie de l’Histoire, c’est Ronald Reagan, un autre californien, qui mit fin à la guerre froide avec l’ancienne URSS.

 Outre les problèmes commerciaux, ceux qui fâchent ne manquent pas : la guerre cybernétique, le programme nucléaire et balistique de la Corée du Nord, les prétentions chinoises en mer de Chine, les tensions avec le Japon et les Philippines, tous deux, vieux alliés de l’Amérique. En économie, les deux Présidents auront à se concerter sur trois problèmes : le rééquilibrage du commerce bilatéral, la fin des barrières techniques, non tarifaires, de l’administration chinoise, et le problème lancinant de la valeur du Yen avec l’acceptation par Pékin du système des changes flottants. La relance de l’économie mondiale passe par une harmonisation des systèmes monétaires.

 Et l’Union européenne dans tout cela, que dit-elle, que fait-elle ? Rien, divisée, elle ne peut pas parler d’une seule voix ni mener une politique volontariste vis à vis de la Chine. Elle risque ainsi de faire les frais d’une entente sino-américaine. Pour faire cesser le dumping et le pillage technologique de la Chine, l’Europe doit se présenter unie face à la Chine, vieux pays qui n’a jamais respecté que la force. Les chancelleries occidentales et d’ailleurs, vont suivre avec attention cette rencontre au sommet, avec l’appréhension de se trouver face à un partage du monde en zone d’influence américaine et chinoise.

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 Allons nous vivre un deuxième Yalta ? C’est en février 1945 que se sont réunis à Yalta, une station balnéaire sur la cote de la Mer noire, en Crimée, Winston Churchill pour le Royaume-Uni, Franklin D. Roosevelt pour les Etats Unis d’Amérique et Joseph Staline pour l’Union soviétique. Ils se partagèrent l’Europe en zones d’influence, donnant naissance à deux blocs dans le monde. S’en suivra une guerre froide qui se terminera à la chute du mur de Berlin en novembre 1989.

 Est-ce, ce que nous réserve cette rencontre au sommet entre Washington et Pékin ?