Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe sur Luxe Radio

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Il est indéniable que la Chine est devenue une grande puissance, économique, politique et militaire. Mais c’est surtout sa dimension économique qui s’impose à nous, chaque jour. Deuxième puissance économique mondiale après les Etats-Unis, le pays connaît une croissance soutenue depuis 1980. La Chine représente 33% de la croissance mondiale. Et paradoxalement pour une république communiste, elle est devenue une économie socialiste de marché, c’est ainsi que ses dirigeants la  définissent.

 Le « made in China » est devenu synonyme de produit bon marché et souvent de piètre qualité. Mais cela devient de moins en moins

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vrai, et la qualité ajoutée à un bas prix, posent problème, aujourd’hui, aux économies occidentales. Les industriels européens, déjà frappés de plein fouet par la récession, ont été surpris par la montée en gamme de la Chine, plus vite que prévu. Des panneaux solaires aux équipements de télécommunication, en passant par les produits manufacturés, les litiges commerciaux se multiplient et s’enveniment, particulièrement avec l’Union européenne. Des pans entiers d’industrie disparaissent sous la poussée des produits chinois. Les panneaux solaires ne sont qu’un exemple. Nombre d’acteurs, un peu partout en Europe ont disparus  ou mis en veilleuse leurs activités photovoltaïques.

 Plus grave, devant l’importation massive des panneaux chinois, de nombreux pays peinent à faire émerger une filière solaire. Au bout d’une longue série de coups de semonce, Bruxelles veut passer à l’offensive, contre une concurrence qu’elle juge déloyale. Bas coûts de mains d’œuvre, non respect d’un minimum de conditions sociales, sous évaluation du yen et, cerise sur le gâteau, subventions du gouvernement chinois aux entreprises exportatrices. La riposte, c’est la programmation de droits de douanes prohibitifs sur les panneaux solaires chinois et le lancement d’une enquête antidumping contre Huavei et ZTE, les deux géants des télécoms. Est-ce la bonne réponse ? Est-ce la bonne politique que de déclarer la guerre commerciale à la Chine ? Est-ce le meilleur moyen d’enrayer la machine exportatrice chinoise ? Assurément non ou trop tard !

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 C’est vrai qu’il y a eu des escarmouches sur le textile, la vaisselle ou encore l’acier. Mais si l’Europe veut protéger ses industries d’avenir, ses secteurs stratégiques, c’est leur mise à niveau qui s’impose. C’est la guerre au coût de la main d’œuvre, la baisse des charges sur le travail, c’est à l’environnement de l’entreprise qu’il faut s’attaquer. Instaurer des barrières douanières appelle des ripostes inévitables de la Chine. C’est de loin, le numéro un mondiale des panneaux solaires qui exporte 80% de sa production vers l’Union européenne. L’Europe pourra-t-elle éviter des représailles directes contre des firmes européennes comme Alcatel-Lucent, Nokia-Siemens ou Ericsson par exemple.

 Le porte parole du ministère chinois du commerce a mit en garde Bruxelles : je cite «  Nous espérons que l’Union européenne ne va pas prendre des mesures qui seraient nuisibles aux deux parties. » fin de citation. En effet, le commerce bilatéral s’est élevé à 546 milliards de dollars en 2012, et le déficit commercial de l’UE vis-à-vis de la Chine n’a cessé de se creuser, dépassant 122 milliards de dollars. Des mesures de rétorsion, ce n’est pas du gagnant-gagnant, mais du perdant-perdant. Le ministre allemand de l’économie renchérit en déclarant : je cite «  C’est une grave erreur. La réaction chinoise montre que la sanction par la taxation des importations n’est pas le bon instrument. » fin de citation.

 Ce qui se trame à Bruxelles divise les Européens dont l’Allemagne, grand pays exportateur. Le protectionnisme et le repli sur soi, derrière des barrières

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douanières, n’ont jamais été les réponses à une concurrence, fusse-t-elle déloyale. La négociation s’impose, car l’Union européenne comme la Chine n’ont pas intérêt à s’entredéchirer dans une bataille de sanctions et de contre-sanctions, nuisible assurément aux deux économies.

 Peut-être faut-il suivre le député libéral européen britannique, Sir Graham Watson, qui prend le pari que malgré ces tensions passagères, les relations Bruxelles-Pékin vont continuer comme avant. On peut se poser la question, vu la situation économique de l’Union européenne : l’Europe peut-elle se payer le luxe d’une guerre commerciale avec la Chine ?