Chronique politique du vendredi matin des Matins Luxe' sur Luxe Radio

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L’Armée, c’est, dans les pays démocratiques, la « Grande Muette ». Elle ne doit jamais interférer dans la vie politique du pays, encore moins dans sa politique économique et sociale. 

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Son rôle est de défendre « la Patrie en danger » et ce sous le stricte control du gouvernement et sous l’autorité directe du Chef de l’Etat.

 Certes, les Etats en voie de développement, à la démocratie balbutiante, sont souvent la proie de militaires ambitieux, qui mélangent forfaiture et usurpation du pouvoir. Mais c’est dans les Etats faibles que sévissent ces professionnels des coups d’Etat, surtout lorsque ces pays traversent des périodes troublées, par les ambitions des uns et des autres, et parfois, exceptionnellement par le réveil du peuple à la démocratie. Au lendemain des révolutions arabes, appelées à tort le « Printemps arabe », on peut se demander comment vont se repositionner les Armées dans les différents pays frappés par la contagion de la démocratie ?

 De la Tunisie à la Syrie, en passant par la Libye et l’Egypte, le rôle de l’institution militaire a surprit les observateurs. Si à Tunis et au Caire, l’armée a été acclamée par la foule, en Libye elle a été inconsistante et à Damas, l’instrument de la répression. En fait, on assiste au grand retour des armées arabes sur le devant de la scène. Négative ou positive, l’action des appareils militaires fut majeure dans les événements depuis 2011. La surprise a été qu’aune armée n’a réagi comme on s’y attendait.

 En Tunisie, elle a été le rempart des manifestants contre les abus d’une police intraitable.  Mais aujourd’hui, de nombreux tunisiens s’inquiètent du rôle que pourrait jouer l’armée à l’avenir, notamment face aux islamistes. En Libye, considérée jusqu’alors comme une armée puissante, on découvre une institution désorganisée et sous équipée, au profit de milices dévouées au pouvoir en place. Des milliers de soldats ont déserté au début de la révolte, accélérant la désintégration de cette armée.

Au Caire, elle s’est tenue à une stricte neutralité, au risque de passer comme trahissant ses propres enfants qu’étaient les hommes au pouvoir. A Damas, strictement organisée et contrôlée par le pouvoir en place, elle est l’instrument de la répression. Mais les logiques claniques et confessionnelles

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ont leurs limites dans la gestion de l’armée par le pouvoir alaouite.

 Considérées depuis les années soixante dix comme partie intégrante des systèmes autoritaires du monde arabe, les armées restent encore une énigme sur la nouvelle place qu’elles entendent occuper dans le nouveau paysage du printemps arabe. Les nouveaux pouvoirs issus de la révolution sont encore faibles, très faibles. L’irruption des partis islamistes et leur hégémonie patente, les difficultés économiques, la frilosité des différents acteurs économiques, peuvent ouvrir la voie à des initiatives malheureuses et dangereuses, des institutions militaires, surtout quand les politiques ne leur font pas confiance et compromettent ainsi la cohésion de la Nation. Les coups d’Etat sont alors tentant pour ceux qui possèdent le vrai pouvoir, celui des armes.

 Si les nouveaux venus au pouvoir n’optent pas pour une réelle démocratie, il va être tentant aux généraux de jouer le recours et les gardiens du temple. Peut-on avoir la naïveté de voir en l’Armée, le sauveur du printemps arabe ? Là est toute la question.