Chronique politique du vendredi matin sur Luxe Radio

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Dimanche 12 août, Mohamed Morsi a pris les Egyptiens par surprise en faisant annoncer la mise à la retraite du maréchal Tantaoui, ministre de la défense et chef du Conseil suprême des forces armées. Le bras de fer entre l’Armée et la Confrérie des Frères musulmans, domine  la vie politique et sociale en Egypte, par ses rebondissements dans un désordre constitutionnel. Le président Morsi a également annulé la déclaration constitutionnelle du Conseil suprême des forces armées, et s’est octroyé le pouvoir de légiférer, en attendant l’élection d’un nouveau parlement. Ses pouvoirs exorbitants n’existent pour le moment que sur le papier, l’absence de Constitution n’éclaire pas sur les réelles prérogatives de la Fonction. Outre le ministre de la défense, le limogeage concerne également le chef d’état major et numéro 2 du CSFA, Sami Enari, et les chefs des trois armées, terre, air, mer. Donné pour terne et effacé, le président Morsi amorce là, une manœuvre apparemment audacieuse, qui se veut une tentative de reprise en main sur l’institution militaire. Il faut noter que ces changements à la tête de l’armée, aussi spectaculaires qu’ils soient, ont étaient fait en coordination et avec l’accord des militaires. C’est Morsi lui-même qui confirme l’information. On notera également que tous les démis ont reçu des postes importants, comme Tantaoui, nommé Conseiller présidentiel, ainsi que Sami Erani, ou des positions très lucratives, comme Mohab Mamich, chef de la marine, nommé à la tête de la direction du canal de Suez.

 Nul doute que ces décisions ont reçu l’aval du grand parrain américain ainsi que l’autre bailleur de fonds qu’est devenu le Qatar. On remarquera que peu avant l’annonce de ces décisions, Hillary Clinton, secrétaire d’Etat, et Léon Paneta, secrétaire à la défense, à Washington, étaient au Caire, tout comme l’Emir du Qatar. Ces changements sont par contre, un coup dur pour l’Arabie saoudite qui vit mal l’ascension des Frères musulmans, concurrents de son leadership religieux. C’est également une mauvaise nouvelle pour les Israéliens, qui assistent impuissants au départ de tous leurs contacts.

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 Quel sera maintenant la réaction des militaires sur les nouveaux pouvoirs que s’est octroyé le Président, que va dire la toute puissante Haute cour constitutionnelle ? Même si les militaires considèrent qu’il s’agit d’un changement générationnel, que l’ascenseur de la promotion militaire a repris sa marche, il n’en reste pas moins vrai que le président Morsi a marqué des points, en rognant les pouvoirs des militaires, dans une recherche d’un équilibre plus positif pour le pouvoir civil. Ombre au tableau, la nomination du vice-président. C’est le juge Mahmoud Mekki, un des meneur de la fronde des magistrats contre le régime Moubarak en 2005, qui décroche le siège.  Ombre au tableau, car au moment de son élection, Morsi avait promis de choisir une femme et un copte comme vice-présidents afin de rassurer la minorité chrétienne et ceux qui redoutent la mise en place d’un ordre islamiste.

 Cependant on est loin encore de la fin du régime militaire.Il faut espérer que ce bras de fer, avec ses coups de théâtre successifs, prenne fin rapidement, et que cet équilibre entre pouvoir militaire et pouvoir civil, soit rapidement trouvé.Il est temps que l’Egypte reprenne sa place au Moyen Orient, et que le chaos actuel, laisse la place à une paix social dans un climat politique apaisé et une économie remise sur les rails.