INTERVIEW DE AYOUB AKIL

Parue dans le numéro d’avril 2012 du magazine Perspectives Méditerranée, sous le titre :

         « Mourir pour la liberté et la dignité »

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 Juif marocain qui a accompagné Yasser Arafat dans ses combats pour la paix en terre palestinienne, Gabriel Banon n’échappe pas aux attaques frontales dont il est l’objet. Ni aux campagnes insidieuses qui tentent de le décrédibiliser. Pas de quoi atteindre ce sherpa rompu aux ficelles des négociations impossibles. Toujours alerte, ses déclarations restent édifiantes quand au sens à donner aux coups d’accélérateur que le monde arabe subit depuis quelques mois.

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Vous déplorez le fait que certains réduisent votre rôle auprès du Président Arafat, à une unique mission de négociations avec les autorités israéliennes pour la reprise de la caisse de retraite des employés palestiniens. Votre commentaire ?

–  Certains journalistes, particulièrement des libanais installés à Paris et des bloggeurs israéliens (extrémistes) minimisaient mon rôle auprès du Président Arafat, le ramenant à une mission ponctuelle, la négociation avec les Israéliens et l’organisation de la caisse de retraite palestinienne. Ce faisant, il cherchaient à décrédibiliser mon témoignage sur Yasser Arafat, homme cherchant sincèrement la paix, avec l’installation d’un Etat palestinien auprès d’Israël, dans une coexistence pacifique, comme il sied entre « cousins » ainsi qu’il se plaisait à dire.

Suite à ce que vous qualifiez de «campagne de désinformation évidente», vous venez tout de même de publier un fac-simile de la lettre de Yasser Arafat adressé au Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Warren Christopher, l’informant de l’étendu de votre mission……

-  J’ai à maintes reprises procéder à des corrections dans la biographie que Google me consacre. Mais, étant un document ouvert à tous, régulièrement, certains intervenants, voulant être plus informés que l’intéressé, procédaient à des corrections que je considère de la pure désinformation. Aussi, excédé, j’ai décidé de rendre publique la lettre que j’ai remis au Secrétaire d’Etat américain de la part du Président Arafat. Non seulement elle décrit minutieusement mon rôle auprès du Président, mais est joint, copie de la décision prise par L’Autorité National Palestinienne, prouvant que ce n’était pas une initiative présidentielle, mais une décision débattue et arrêtée par le PNA. (Palestinian National Authority

 Vous estimez que la polémique autour de l’éditorial du magazine marocain francophone TelQuel doit s'arrêter car le problème, si tant est qu'il y ait problème, est mal posé. Dans quel sens ?

Le problème est mal posé, car il ne s’agit pas de savoir si oui ou non, la femme marocaine doit se voiler, mais essayer de comprendre cette recrudescence de femmes marocaines voilées depuis l’arrivée du PJD au pouvoir.Pour moi, la question du port du voile a été réglée une bonne fois pour toute, quand, feu Mohamed V, Roi du Maroc, Commandeur des croyants, a demandé à ses filles, les princesses, de le quitter et ainsi donner l’exemple. Elles le firent publiquement à Tanger, où la regrettée princesse Lalla Aïcha fit un discours, dont les anciens se souviennent.

Quelle lecture faites-vous du Printemps arabe?

Avant toute chose, le Printemps arabe a démontré, au monde médusé, particulièrement occidental, que le monde arabe pouvait se battre et mourir pour la liberté et la dignité.Il a démontré la montée en puissance des classes moyennes et des nouvelles générations rompues aux nouvelles techniques, particulièrement celles des communications, comme l’Internet.

Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de cette révolution?

- Ces révolutions, qui sont loin d’être terminées, ne peuvent occulter les problèmes économiques qui doivent, tôt ou tard, imposer aux nouveaux dirigeants, fussent-ils islamistes, réalisme et pragmatisme, dans une économie mondialisée.

Quel avenir pour le monde arabe après ces bouleversements?

Après ces bouleversements, l’Avenir sera ce que le monde arabe en fera. Soit une avancée vers la démocratie et le développement, soit un repli sur soi-même et le retour vers l’obscurantisme. Mais ce retour, ne fera que retarder l’échéance et la prise en compte des aspirations et des problèmes des peuples.

Quel avenir pour les négociations israélo-palestiniennes ?

Aujourd’hui, le processus de paix est mort, il faut le dire. Les tentatives actuelles sont pathétiques, lorsque l’on sait qu’aucun progrès n’est possible, tant que les élections présidentielles américaines ne sont pas terminées.

Avez-vous lu « Le Roi prédateur », si oui, quel est votre commentaire sur le contenu du livre et la polémique qu’il a suscitée ?

J’ai lu «  Le Roi prédateur ».  C’était beaucoup d’honneur et de crédit qu’on lui a donné, en le censurant.Les auteurs, qui se disent : journalistes d’investigation, ont relayés des contre-vérités, des « on-dit » et des « il-paraît ». Ils ont fait une « enquête » à charge, sans essayer d’y apporter une analyse économique cohérente. Cela m’a tout l’air d’un règlement de comptes et d’une attaque en règle contre certaines personnes, qui n’ont comme défaut, que celui de servir.

 En tant qu’économiste avéré, vous estimez que considérer l’entreprise comme un ensemble soumis à l’hégémonie du capitalisme serait une erreur….

. L’Entreprise est le fait de trois acteurs et partenaires : le capital, le travail et l’Etat. Le capital est représenté par, les actionnaires, le travail par le personnel et l’Etat par l’autorité de tutelle. La Direction de l’entreprise orchestre l’ensemble de ces acteurs, en cherchant le meilleur profit possible. Le problème n’est pas le profit, mais sa répartition. Que l’une des parties ignore les autres, et nous aboutissons, alors, à une hégémonie inacceptable et dangereuse.