Chronique politique du vendredi des matins luxe sur Luxe Radio

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Les Nations Unis viennent de publier le premier Rapport Mondial sur le bonheur. Commandé à la célèbre Université américaine Columbia, il classe les différents pays du globe, en fonction du bonheur de leurs peuples.Le bonheur, comme chacun sait, n’est pas un fleuve tranquille, mais une suite d’instants de bonheur. Chacun d’entre nous, attend ou court après ce bonheur, qui fait le sel de la vie.

images Personne ne s’est attendu qu’on le quantifie, ni qu’on le mette en équation, soumis à des critères qui déterminent si un citoyen, ou un peuple, est heureux.Un Anglais de l’université de Leicester, Adrian White, a défini cinq critères : la santé, la richesse, l’éducation, l’identité nationale et la beauté des paysages.Un groupe de chercheurs de l’université de Rotterdam, quant à eux, ont défini 953 critères. Dans les deux cas, comme dans le rapport onusien, le Danemark est réputé le pays le plus heureux du Monde.Le résultat laisse perplexe. Au Danemark, il pleut ou il neige un jour sur deux, le soleil se fait rare en hivers, l’espérance de vie est la plus courte d’Europe. Le suicide des jeunes n’est pas rare, l’alcoolisme n’est pas absent dans cette société modèle. Avec la crise, le chômage est en hausse et le PIB en baisse.L’écrivain danois Carsten Jensen explique : « Un Danois qui reconnaîtrait qu’il n’est pas heureux aurait le sentiment de trahir son pays ». Carsten Jensen dénonce un bonheur élevé au rang de « devoir patriotique ».Le bonheur, comme on le voit, n’a pas le même sens sous toutes les latitudes.

 Notre siècle, est devenu un siècle de revendications, après le droit au repos hebdomadaire, aux congés payés, au droit à la différence, à l’orgasme, des économistes configurent, aujourd’hui, le droit au bonheur.Le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, avait demandé à un groupe de 25 personnalités dont cinq prix Nobel, mené par l’américain, prix Nobel  d’économie, Joseph Stiglitz, d’étudier la meilleure mesure de la performance économique et du progrès social.Leur rapport lui a été remis. Il conclue que le PIB n’est plus une mesure suffisante pour évaluer le niveau de développement d’un pays. Il faut y ajouter d’autres critères, parfois subjectifs, qui déterminent le bonheur !

 J’ai un grand respect et une réelle admiration aux nombreux lauréats du Prix Nobel. Ils sont irremplaçables dans leur domaine. Mais notre société d’aujourd’hui, confond notoriété et universalité, renommée et polyvalence.Les Nobels, pas plus que les vedettes du cinéma, du théâtre ou de la chanson, les grands du   football, du rugby ou des stades, n’ont réponse à tout. Sortis de leur domaine, ils ont une opinion,  qui ne s’impose pas plus, que celle du citoyen lambda.Mais nos gouvernants, friands d’idées nouvelles, donnent mission à des personnalités  dites « qualifiées »,  pour apporter des réponses à une société déboussolée, à la recherche d’assistanat.Les médias concourent à cette recherche de Messies successifs, qui n’ont le mérite, que d’exceller dans leur domaine.

 Depuis que l’étude de la société est devenue une science : les sciences humaines, on voit les sociologues dire le droit, les juristes faire les lois, les médecins prescrire les normes de santé, mais jamais encore des économistes, formater le bonheur et définir son droit. A ce train là, on verra bientôt des manifestants défilés à Paris, à Londres, à Rabat et ailleurs, réclamer leur part du bonheur, dire leur insatisfaction de la vie, et réclamer au gouvernement, des mesures leur garantissant leur part du Nirvana.

  Comme dit Alain-Gérard Salma : « les artistes et les intellectuels sont devenus, via le marxisme, les hérauts de la socialisation du bonheur. L’idée, jadis chère aux jacobins, est devenue un droit ».Le bonheur est une partie intégrante des libertés individuelles, y renoncer, c’est ouvrir la voie à une société, au mieux kafkaïenne, au pire totalitaire.