Chronique Politique du Vendredi Matin dans les Matins Luxe sur Luxe Radio


Le Grand Maghreb n’est pas une utopie, mais un projet lointain, une réalité sous condition et une longue marche.

L’Union Européenne, et bien avant, les Etats-Unis d’Amérique, ont toujours milité pour la construction de ce grand ensemble socio-économique en Afrique du Nord. Ils y voient un projet cohérent, qui, tôt ou tard, s’imposera à tous les gouvernements de la région, dans l’intérêt bien compris de leurs peuples. L’agriculture du Maroc et ses phosphates, le gaz et le pétrole de l’Algérie et de la Lybie, le tourisme et l’économie de services de la Tunisie, plaident pour une union, qui ferait, de ces Etats, unis, aux quels se joindrait la Mauritanie, un Maghreb dont la puissance économique ne serait plus à démontrer.

maghreb(2)Le Grand Maghreb serait un marché commun de plus de 90 millions de consommateurs, dont les premiers bénéficiaires seraient, d’abord, les pays le composant. On estime que la mise en place de l’Union du Maghreb, se traduirait pour la région, par une augmentation de deux points de croissance. La banque mondiale estime que la construction maghrébine pourrait accroitre le PIB réel par habitant en Algérie, au Maroc et en Tunisie, de 34, 27 et 24%, respectivement, et ce sur dix ans.

On peut se demander pourquoi cette Union n’est pas mise en chantier. Pourquoi la logique ne prend pas le pas sur des arrières pensées politiques, pourquoi l’intérêt général ne prime pas les intérêts particuliers. Si tout le monde est conscient des possibilités et des avantages du Grand Maghreb, tout le monde est également conscient qu’il reste des zones d’ombre et des préalables. Avec la prise de conscience grandissante des différentes composantes des peuples d’Afrique du Nord, de leur identité et de leur histoire respective, il faut avant tout ne plus parler du Maghreb arabe, mais de l’Union du Maghreb. Les populations du Maghreb sont Arabes, Berbères, Kabyles et Maures d’origine Beïdanes ou Harratins. L’Union des populations ne pourra pas se bâtir sur l’hégémonie d’une de ses composantes.

Les préalables ne manquent pas. Le Maroc et l’Algérie devraient normaliser leurs relations, et certains signes laissent espérer qu’une volonté politique dans ce sens, est en train de s’affirmer. Il faudra régler le problème du Sahara par la mise en place du statut d’autonomie proposé par le Maroc, et procéder à la réouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie. L’arrivée au pouvoir de partis dit « islamiques modérés » dans des pays comme la Tunisie ou le Maroc, ne peut pas être un frein à cette marche vers l’Union. Le caractère, islamiste ou pas, des hommes aux affaires, ne peut modifier fondamentalement la donne : les contraintes économiques, géopolitiques et la mondialisation, imposent le pragmatisme et dépassent de loin les référents religieux. Si le Maghreb est la seule région au monde qui ne connaît pas de construction régionale, cette construction ne pourra pas se mettre en place sans avoir, au préalable, apurer les différents passifs qui obèrent les relations inter communautés, et ce, uniquement par étapes.

L’économie est en générale la locomotive du rapprochement des peuples et de la construction régionale. Un grand projet, industriel, commercial ou d’infrastructure, maghrébin, peut et doit être une des premières marches vers ce Grand Maghreb que toutes les populations appellent de tous leurs vœux. C’est, pas à pas, projet par projet, qu’on pourra jouer la carte de l’intégration économique, au delà des clivages politiques ou ethniques.