Article paru dans Maroc Hebdo en novembre 2010


A droite toute, et même plus loin ! L’Europe surfe sur des mauvaises vagues appelées : Racisme et Islamophobie. Les partis de droite et d’extrême droite n’hésitent plus à stigmatiser des pans entiers de la population et engrangent des succès électoraux qui préjugent mal de la démocratie, des droits de l’homme et du droit à la différence. L’extrême droite européenne est dopée à l’islamophobie. Après l’entrée des populistes au Parlement suédois, le 19 septembre dernier, la poussée de l’extrémisme enveloppe désormais une large frange d’Etats, des Pays-Bas à la Hongrie en passant par le Danemark, la Norvège, la Suède et l’Autriche.

islamophobia-terrorismeLa Norvège a préféré ralentir délibérément son développement économique pour ne pas faire appel à la main d’œuvre étrangère. Le referendum suisse sur la construction des minarets semble avoir libéré les langues. Maintenant un thème nouveau  fédère les partis de droite et d’extrême droite : le rejet de l’Islam. C’est Geert Wilders, au Pays-Bas, qui, le premier, a placé le rejet de l’Islam au centre du programme de l’extrême droite européenne. Des partis politiques dotés de programmes ouvertement anti islamiques ont intégré des coalitions gouvernementales dans plusieurs pays européens et commencé à mettre en œuvre leur programme.

Ce phénomène, au delà de la population musulmane, inquiète toutes les minorités. Car l’islamophobie s’accompagne toujours de Racisme et de Xénophobie. Force de constater que cette tendance va au-delà des extrémistes de droite. On retrouve, sous couvert d’une politique sécuritaire, une véritable volonté de faire barrage « à l’Islam conquérant », dans les partis de droite traditionnels. Lorsque les mouvements d’extrême droite électoralement forts étaient l’exception en Europe, les pressions qui s’exerçaient sur les partis de droite étaient puissantes à imposer des garde-fous contre les dérives racistes. Assez puissantes en France, dans les années 90, pour dissuader les grands partis de droite de faire alliance avec le Front National (FN). Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aux prochaines élections présidentielles, le problème de Sarkozy ne sera pas le parti socialiste, mais Marine Le Pen avec son parti : le Front National.

Les extrémistes islamistes, qui manipulent certaines communautés musulmanes, sont, en fait, les alliés objectifs de l’extrême droite. De provocations en provocations, ils ouvrent un champ d’action aux islamophobes qui profitent de la crise économique et du chômage pour mobiliser une population inquiète, devenue sensible aux thèses des partis de l’extrême droite. Des erreurs psychologiques, comme le blocage des rues en région parisienne, le vendredi, à l’heure de la prière, créent des incidents avec des automobilistes et permettent au Front National d’annoncer un convoi de camions pour redonner à la circulation les rues « squattées ».

 Même à l’ONU, on s’inquiète de cette situation. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, Doudou Diene, a fait état dernièrement d’une hausse de l’islamophobie, de plus en plus exploitée, selon lui, par les partis de droite, notamment en Europe. Dans son rapport au Conseil des droits de l’Homme, il déclare : « dans le contexte actuel, l’islamophobie représente la forme la plus courante de discrimination religieuse. » Dans son rapport annuel, publié ces derniers jours, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) constate une montée d’agressions, de discriminations en matière d’emploi, d’éducation et de logement, à caractère islamophobe en Europe. Quelque 13 millions de musulmans vivent dans les 25 pays de l’UE (Union Européenne), soit 3,5% de la population de l’ensemble. Leur situation défavorisée, les preuves d’une montée de l’islamophobie et les craintes suscités par des processus d’aliénation et de radicalisation ont déclenché un débat intense dans l’UE, aux dires de Beate Winkler, directrice de l’EUMC, basé à Vienne. En Italie, Berlusconi gouverne avec le soutien du parti fasciste : La Ligue du Nord. Aux Pays-Bas, les Libéraux et les Chrétiens-démocrates passent un contrat de majorité avec Geert Wilders sans susciter ni réaction ni rejet. L’Allemagne a jugé bon, par la voix de la Chancelière  fédérale Angela Merkel , de rappeler les racines chrétiennes de la société allemande. En France, le Front National se sent le vent en poupe, et quand Marine soutien du Parti du peuple danois (extrême droite).Le Pen déclare à la télévision française : «  Je ne veux pas d’une France islamisée », c’est quarante millions de français qui applaudissent.

Cette situation est largement due aux énormes mutations économiques et sociales que connaît l’Europe, à la crise économique qui perdure, à l’affaissement des certitudes idéologiques et l’apparition, depuis la chute du mur de Berlin, de nouvelles menaces comme l’immigration. Des transformations auxquelles la gauche n’a pas su apporter de réponse convaincante. Le cynisme électoral n’explique pas tout. Les communautés religieuses doivent s’ouvrir aux autres, et éviter le repli identitaire, si on veut éviter une nouvelle forme de guerre de religions. La progression des partis d’extrême droite ou populistes se nourrit de ces replis identitaires qui érodent dangereusement l’ambition communautaire. L’influence grandissante, électorale et idéologique, des partis d’extrême droite est facilitée par la vitesse foudroyante avec laquelle les opinions publiques européennes s’approprient, comme dans un jeu funeste de dominos, les discours nauséabonds, comme par exemple ceux désignant les Roms comme une population dangereuse. L’urgence de la situation oblige à faire émerger, sans plus attendre, une société civile européenne antiraciste, pour faire vivre, par delà les frontières, le rêve européen.