Article paru dans Maroc Hebdo, en 2010.


La montée en puissance d’une nouvelle droite populiste, une nébuleuse conservatrice anti-establishment, donne la migraine à l’Administration Obama. Mouvement spontané de protestation aux couleurs poujadistes, il est appelé Tea Party, en référence à la Boston Tea Party, ou révolte des Bostoniens, en 1773 contre la politique fiscale des colons britanniques.

tea-partyL’arrivée de Barak Obama à la Maison blanche avait toutes les chances de réveiller la frange la plus conservatrice du pays. C’est sur le terrain de l’économie que le démocrate a été attaqué. L’adoption du plan de relance de 787 milliards de dollars par le Congrès en février a suffi à galvaniser les militants conservateurs contre l’administration Obama, dont ils critiquent l’interventionnisme aux « relents socialistes ». Réuni en Convention la semaine dernière à Nashville, le mouvement a capitalisé au cours de l’été sur son opposition active à la réforme du système de santé, pour finalement se transformer en porte-voix d’une Amérique profonde exaspérée par « Washington » et « ses pratiques non transparentes ». Ils déclarent à qui veut l’entendre : «  Obama veut changer notre pays. Nous ne sommes pas d’accord. Il donne de l’argent sans compter aux banques, aux compagnies automobiles et aux individus qui ne peuvent plus payer leur maison, les poussant à être irresponsables. Pourquoi ceux qui travaillent dur devraient payer ? »

Les slogans sont simples, même simplistes : « trop d’Etat », « trop d’impôts », avec des affirmations qui séduisent l’Amérique profonde : « ils sont en train de ruiner le pays » ou encore : « notre culture est la meilleure ». Le discours fait mouche auprès des plus de cinquante ans et représente une grande frange de la classe moyenne. On constate aujourd’hui, qu’un vent puissant porte pour l’instant les « patriotes », bien plus populaires dans l’opinion que les partis discrédités. On parle de millions de personnes qui auraient rejoint le mouvement. Il faut noter que c’est surtout grâce à la mobilisation des activistes du Tea Party que le républicain Scott Brown a raflé le siège de sénateur de feu Ted Kennedy dans le Massachusetts. Les militants misent désormais sur les élections de novembre pour marquer encore des points. Les républicains se frottent les mains et aident en sous-main les meneurs du mouvement, peu aguerris à l’action politique. En réalité, leurs manifestations sont chaque fois préparées et orchestrées par le Parti républicain via  la fondation « FreedomWorks » que dirige l’ancien chef de file de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Dick Armey.

Financièrement, c’est auprès des grandes entreprises que les militants ont trouvé soutien, particulièrement auprès du lobby patronal. Ce dernier vient de lancer une campagne appelant les républicains à faire abroger la réforme de la santé. Lors du dernier meeting du réseau des militants du Tea Party à Nashville, Sarah Palin, l’ancienne candidate à la vice-présidence américaine, idole du mouvement, a reçu un accueil triomphal. Elle y a prononcé un discours virulent contre la politique de Barak Obama. La collusion de ce mouvement qui surfe avec succès sur les inquiétudes et le mécontentement des citoyens avec le Parti républicain donne des sueurs froides aux démocrates à l’approche des élections de mi-mandat. Les militants de cette nouvelle droite contestataire sont pour la plupart des blancs issus de la classe moyenne, accrochés à la constitution établie par les « pères fondateurs », farouches défendeurs des libertés individuelles. Cette nouvelle entité politique s’impose sur le terrain sous le nom : Tea Party Nation (TPN), sigle qu’il faut retenir à l’avenir. 

Selon un sondage NBC-Wall Street Journal, le mouvement est plus populaire que le parti républicain lui-même avec 41% d’opinions favorables contre 35% aux démocrates et 28% aux républicains. La question est de savoir si ce mouvement hétéroclite et spontané en pleine affirmation parviendra à s’imposer comme une force autonome  entre démocrates et républicains.